Nos experts, Notre planète

Le monde merveilleux de Marc Giraud, naturaliste

L’auteur est un amoureux de la nature et il la raconte avec beaucoup d’humour et de tendresse. On peut l’écouter chaque semaine sur RTL et le lire avec délices en plongeant dans son dernier livre « Fleurs et Arbres en bord de chemin » (Delachaux et niestlé). Pour bienfaitspournous.com, l’écrivain, journaliste et photographe Marc Giraud nous raconte les petites cachoteries et les grandes alliances du fond des jardins et des abords des forêts…

Ecoutez et observez la saison…
« Au printemps, il y a beaucoup plus de fleurs qu’en été et les fleurs de sous-bois se dépêchent de fleurir avant que les arbres leur cachent la lumière… Donc c’est l’explosion en ce moment ! Et ça monte en étage : il y a d’abord les plantes de sous-sol, ensuite ce sont les arbustes, puis les haies en fleurs, les aubépines, ensuite ce sont les arbres (les châtaigniers…). Il y a une floraison à regarder, il y a toujours une logique dans la nature qui est toujours frappante. »

La vie secrète des plantes 
« J’ai fait un livre sur le comportement des plantes pour montrer l’invisible : notamment parce que les fleurs bougent mais pas à la même vitesse que nous, et dans les documentaires on fait des accélérés : on voit une plante rampante qui tâte l’atmosphère comme un lasso qui tourne et qui s’arrête quand elle a un contact, ce qui veut dire qu’elle a le sens du toucher et qu’elle s’enroule autour de son support. On peut observer les racines qui avancent et qui contournent les obstacles… on voit vraiment que ce sont des êtres vivants ! »

Balades enchantées au jardin…
On découvre le rythme biologique de certaines fleurs : on peut voir les tulipes qui s’ouvrent et qui se ferment au rythme du jour et de la nuit. Quant aux pâquerettes et aux marguerites : dès qu’il pleut elles se ferment pour protéger leur pollen, elles s’ouvrent au soleil et elles se ferment le soir. Pourquoi se ferment-elles la nuit ? Parce qu’elles voient une certaine couleur qui s’appelle le rouge lointain qui est le rouge du crépuscule. En fait, elles voient deux sortes de rouge : celui du crépuscule qui fait qu’elles se ferment, et celui du rouge de l’aube qui fait qu’elles s’ouvrent. Elles voient aussi le bleu qui leur permet de se diriger vers la lumière et qui sert aussi à leur horloge interne. Donc les plantes voient sans yeux, elles touchent sans nerf, elles ont le sens d’elle-même – la proprioception, le sens sans lequel on tituberait; on ne saurait pas où est notre corps. Comme nous, les plantes ont ce sens. Une plante qui a été couchée par le vent ou autre, ou un arbre qui a poussé de travers, et bien ils se redressent car ils ont le sens de la verticale, le sens de là où il est, il a une conscience de lui-même, et on peut même parler d’une certaine intelligence des plantes.
J’aime bien montrer l’extraordinaire dans l’ordinaire
« Dans un pissenlit on voit tout… par exemple les premières feuilles de pissenlit sont très à plat sur le sol et c’est là qu’on peut les manger car elles sont encore tendres et sucrées. Et c’est là notamment qu’elles se font brouter par les animaux, donc elles se cachent à plat sur le sol pour se rendre inaccessibles aux herbivores ! Et quand elles commencent à être amères, elles se redressent ! Il y a aussi une logique. Quand on regarde une ortie ou une menthe d’en haut, on voit que les feuilles sont deux par deux – elles forment ensuite comme une croix – pour éviter de faire de l’ombre aux copines du dessous. »
Les trucs à ne plus faire dans un jardin
« Ne plus brûler les feuilles mortes car c’est une richesse organique qu’on transforme en carbone et en effet de serre. Il faut les mettre de côté : ça peut servir comme compost mais aussi à de petites bestioles qui vivent dedans ! La chose la plus facile à faire : ne rien faire… Laisser les plantes indigènes qui ne demandent aucun soin puisqu’elles sont là pour ça ; elles sont adaptées à nos climats, elles attirent des insectes qui attirent des insectivores – donc des oiseaux, qui attirent peut-être eux-mêmes des rapaces… Résultat : on a tout un écosystème en ne faisant rien ! Et c’est un conseil très facile à suivre. On n’est pas obligé de laisser tout un jardin à lui-même – ce n’est pas une dictature ! – mais on peut laisser un petit coin sauvage, un coin de prairie, une mare si on a la place, un tas de bois : plein de petits écosystèmes. On peut tondre, mais pas toutes les semaines à la moindre pâquerette… c’est dommage. En revanche, le pissenlit est un peu dictateur, il chasse les autres. En effet, il y a une guerre chimique des plantes qui envoient de l’éthylène pour chasser les autres espèces, et donc le pissenlit peut se cloner sur tout un champ qui devient tout jaune. C’est pareil avec les renoncules… Mais ne pas paniquer ! »
Les belles plantes de chez nous
« On importe des plantes exotiques qui envahissent la nature, alors que chez nous on a de belles plantes ! Une mauvaise herbe, c’est une herbe dont on ne connaît pas encore les vertus. Et puis d’abord, est-ce que ça doit servir à quelque chose ? A force de vouloir des fleurs artificielles qui sont des espèces de boursoufflures de fleurs : on a fait des fleurs presque monstrueuses avec plus d’organe susceptible d’être butiné, juste pour le plaisir des yeux, du coup on oublie les petites fleurs de chez nous qui sont très belles mais pas forcément aussi grosses. »
Les rendez-vous de Marc Giraud
Son nouveau livre : Fleurs et arbres en bord de chemin.
L’auteur égrène de petits scoops végétalisés à longueur de page : les plantes surveillent leur environnement en permanence, certaines comme les magnolias ont côtoyé les dinosaures, d’autres réagissent à la musique, tous ont de la mémoire, les plantes militent pour des relations gagnant/gagnant, elles parlent aux animaux… Ce guide de terrain sur le comportement des plantes vous emmene en promenade à travers les jardins et les champs de nos terroirs. Pas besoin de planter des fleurs exotiques pour être émerveillé ! (24,90 euros, éd. Delachaux et niestlé, www.delachauxetniestle.com).
 – A la radio : sur RTL, le vendredi matin vers 11h20 dans l’émission de Stéphane Bern « A la bonne heure » (de 11h à 12h30), des actus sur les animaux.
Son autre nouveau livre : 50 histoires d’animaux pour comprendre Darwin (3 euros, ed. Librio).
©Marc Giraud, Pixabay, Delachaux et niestlé.

Enregistrer

Nathalie Giraud
Journaliste indépendante pour la presse grand public, elle est spécialiste de l’écologie, de la santé environnementale et des médecines complémentaires. Membre de l’association JNE (Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie), elle est l’auteure du livre « Epices et Santé » (Trédaniel Editeur). Tèl : 06 11 70 21 99.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *