Bien-être, Ma santé

Peau et grains de beauté : toute l’année, je surveille !

Le sujet certes peut être anxiogène pour certain(e)s, mais qu’on se le dise, mieux vaut prévenir que guérir ! Le message prônant la surveillance régulière de nos grains de beauté (surtout avec l’arrivée de l’été, saison chouchoute pendant laquelle on expose plus facilement et davantage notre corps) est un sujet qui revient régulièrement dans les articles et pages de nos magazines. On ne cesse de nous le répéter : nous savons tous et toutes qu’il faut être vigilant et surveiller de près nos jolis grains de beauté, scruter leur forme, leur manière d’évoluer, etc… Mais au fait : pourquoi ? Et puis, quels signes en fait doivent m’alerter d’aller consulter ?

On fait le point avec le Dr Charlotte Lepelley, dermatologue (*) :

Les faits. Depuis plusieurs années, le nombre de cancers de la peau ne cesse d’augmenter avec une recrudescence, notamment, chez de jeunes patients. Avec près de 80 000 nouveaux cas chaque année en France (1), le cancer de la peau est le premier des cancers en termes d’augmentation et de fréquence (2). Si la plupart d’entre eux sont évitables grâce des gestes de prévention simple, une auto-surveillance ou un éventuel suivi médical, trop de personnes ignorent encore les risques réels de l’exposition solaire.

Qu’est-ce qu’un cancer de la peau ?

Dr Charlotte Lepelley : Il existe de nombreux types de cancer de la peau comportant eux-mêmes différents stades. De l’existence de quelques cellules anormales à des formes beaucoup plus graves pouvant générer des métastases : les niveaux d’agressivité sont très variables. En France, les carcinomes et les mélanomes sont les types de cancer de la peau les plus fréquents :

Les carcinomes se développent à partir des kératinocytes (cellules qui recouvrent la peau et contiennent de la kératine, une protéine qui aide à protéger la peau contre les agressions extérieures). Ils peuvent être baso-cellulaires (70 % des cancers cutanés (3) ) ou épidermoïdes (20 % des cancers cutanés). Les premiers sont les moins graves car ils ne se métastasent qu’exceptionnellement, contrairement aux carcinomes épidermoïdes, qui sont cependant plus rares.
Les mélanomes cutanés (10 % des cancers de la peau (4) ) se développent à partir des mélanocytes (cellules qui fabriquent la mélanine). Ils constituent la forme de cancer la plus agressive mais peuvent être traités efficacement s’ils sont détectés suffisamment tôt. En raison de leur fort potentiel métastatique, un diagnostic précoce est en effet essentiel.

D’autres types de cancers existent comme la maladie de Darier-Ferrand ou encore les lymphomes cutanés, mais sont beaucoup moins répandus. A noter que la maladie de Darier-Ferrand est un dermatofibromsarcome, cancer qui atteint le plus souvent le sujet jeune, nécessitant une exérèse large et un suivi ensuite à long terme,

A quoi le reconnaît-on ?

Dr C.L : Un cancer de la peau peut revêtir plusieurs aspects :
-une croûte qui grossit vite, qui saigne et qui fait mal,
-un grain de beauté noir ou rose qui apparaît,
-un grain de beauté qui change de couleur, de forme,
-une lésion qui peut évoluer très lentement…
Les zones du corps les plus à risque sont celles exposées au soleil. Cependant, partout où il y a de la peau, il peut y avoir un cancer (cuir chevelu, peau sous les ongles, zones génitales…).

Quels sont les différents facteurs de risque ?

Dr C.L : Les expositions au soleil constituent le facteur de risque principal.
A chaque exposition, nos cellules s’abîment un peu puis se réparent progressivement. Nous avons chacun un nombre de réparations qui est programmé, c’est notre capital solaire. Il n’est pas mesurable et dépend de notre phototype. Une fois épuisé, suite à des coups de soleil à répétition, ou parce qu’on a abusé des expositions prolongées au soleil, le capital solaire ne se reconstituera plus jamais (5). Les cellules de la peau vont alors commencer à se réparer de façon anarchique et conduire au développement d’un cancer de la peau.

Les expositions solaires de l’enfance (avant la vingtaine généralement) jouent un rôle prépondérant quant au risque de contracter un cancer de la peau 20 ou 30 ans plus tard. Les coups de soleil de l’enfance, même bien soignés, ne sont pas forcément sans conséquence à l’âge adulte. La prévention doit ainsi absolument commencer dès le plus jeune âge.

-Les expositions solaires liées aux professions longtemps exercées en plein air (agriculteurs, ostréiculteurs, travailleurs du BTP…) sont également à considérer avec sérieux.

-Concernant l’exposition aux ultraviolets artificiels des cabines de bronzage, il a été prouvé qu’elle est associée à un risque accru de développement de cancers cutanés, notamment de mélanomes. Loin de préparer la peau au soleil, les UV artificiels ne font que s’ajouter aux UV du soleil et renforcent ainsi l’effet cancérogène (6).

Il existe également des facteurs de risque internes, c’est-à-dire constitutifs des individus, comme le fait d’avoir une peau, des yeux, des cheveux clairs et de nombreux grains de beauté (plus de 50). Les personnes ayant des antécédents familiaux vont également avoir plus de prédispositions à développer un cancer de la peau. Il est vivement conseillé, pour ces patients plus à risque de consulter un dermatologue qui déterminera, en fonction du nombre de grains de beauté, ou d’éventuelles lésions atypiques s’il est nécessaire d’avoir un suivi ou non.

Comment bien se protéger du soleil ?

Dr C.L : Ne pas s’exposer au soleil entre 10h et 14h,
-porter un chapeau et des lunettes de soleil (les mélanomes de l’oeil existent),
-garder des vêtements longs autant que possible (la protection vestimentaire est plus efficace encore que celle de la crème solaire),
-mettre de la crème solaire SPF 50 dès le mois de mars, et ce, jusqu’en octobre. Il est conseillé d’utiliser de l’écran total quel que soit son phototype dans la mesure où nous avons tendance à ne pas appliquer de crème assez régulièrement et en quantité suffisante,
-appliquer de la crème solaire toutes les deux heures et réitérer l’opération après la baignade,
-essayer de se mettre le plus possible à l’ombre, notamment lorsque l’on travaille en extérieur.

Quels sont les traitements existants ?

Dr C.L : Le traitement de référence reste la chirurgie. L’exérèse chirurgicale consiste à retirer la tumeur ainsi que quelques millimètres du tissu sain qui l’entoure afin de s’assurer du retrait total des cellules malignes.
Pour les carcinomes baso-cellulaires superficiels (avec des lésions peu profondes), il est possible d’utiliser une crème spécifique ou de recourir à la photothérapie dynamique, c’est-à-dire d’exposer la lésion à un certain type de rayons lumineux pendant un temps défini, après avoir appliqué localement un produit photosensibilisant qui augmente l’action des rayons sur les cellules cancéreuses (7).
Pour les carcinomes épidermoïdes, les traitements sont la chirurgie complétée parfois par  de la radiothérapie et, de la chimiothérapie.
Concernant les mélanomes, le traitement repose sur la chirurgie, pour enlever la tumeur et éventuellement les ganglions atteints. Trois types de traitements médicamenteux sont possibles : la chimiothérapie, l’immunothérapie, la radiothérapie (utilisée exceptionnellement en cas de lésions cérébrales). Il est précisé que la chimiothérapie n’est plus le traitement de premier choix après la chirurgie, l’immunothérapie étant le plus souvent prescrite en première intention. En cas d’atteinte ganglionnaire macroscopique, c’est-à-dire en cas de ganglion palpable, un curage ganglionnaire, c’est-à-dire enlevant tous les ganglions de la région est proposé. Il est ensuite discuté en Réunion pluridisciplinaire selon l’âge et les antécédents du patient, de proposer un traitement dit adjuvant qui pourra être soit une thérapie ciblée (si les données du génotypage de la tumeur ont montré une mutation de BRAF) actuellement dans le cadre d’essais cliniques, soit une immunothérapie par anti-PD1. Si le pronostic pour les patients ayant des mélanomes avec métastases était très réservé il y a encore 6 ans, les progrès réalisés entre-temps, notamment via l’immunothérapie qui est en plein essor, sont encourageants. Des évolutions rapides et fréquentes sont en cours.

(*) Le Docteur Charlotte Lepelley est dermatologue depuis 11 ans et exerce son son activité au sein des établissements de santé Elsan.

(1)https://www.frm.org/recherches-cancers/cancer-de-la-peau/quelques-chiffres-sur-les-cancers-de-la-peau
(2) https://www.arcagy.org/infocancer/localisations/autres-types-de-cancers/melanome/maladie/epidemiologie.html/
(3)https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Depistage-et-detection-precoce/Detection-precoce-des-cancers-de-la-peau/Epidemiologie
(4)Cancer Info, les traitements du mélanome de la peau, juillet 2016
(5)https://www.anses.fr/fr/system/files/PRES2012CPA09.pdf
(6)Cancer Info, les traitements du mélanome de la peau, juillet 2016
(7) https://www.fondation-arc.org/cancer/cancer-peau/traitement-cancer

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Carine Bruet
Journaliste de presse grand public, rédactrice en chef du Guide de la Thalasso. Je suis une "épicurieuse", en quête de bons plans et d'infos positives pour me (vous) faciliter la vie ! Toujours à l'affût, un vrai radar ! Ah oui et puis... "Je crois en la couleur rose. Je crois que rire est la meilleure façon de brûler des calories. Je crois qu'il faut être forte quand tout semble aller mal. Je crois que les filles joyeuses sont les plus jolies. Je crois que demain est un autre jour, et je crois aux miracles". Merci à la belle Audrey Hepburn pour ces mots, ils sont devenus ma philosophie ! Et ça, c'est BienFaits pour moi !

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