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Thierry Wasser chez Guerlain célèbre le muguet

Thierry Wasser, le “nez” de Guerlain, nous livre les secrets du muguet. Ce soliflore de la parfumerie, porte-bonheur pour l’Occident, est aussi une composition emblématique de la Maison, qui la réinvente chaque année. Découverte du Millésime 2020 et interview du maître parfumeur.

Le muguet : l’origine de la fleur de printemps !

Originaire de Chine, le muguet était déjà en France connu au Moyen-âge. Une légende s’attache à ses pas et lui donne un de ses surnoms: gazon du Parnasse. Apollon l’aurait créé pour que les neuf muses foulent l’herbe sans blesser leurs pieds. La chrétienté lui a aussi attribué un rôle : les larmes de la Vierge Marie auraient donné naissance aux clochettes. Populaire en France, il serait, dit une légende, porte-bonheur depuis l’époque de Charles IX. Après en avoir reçu en cadeau, le roi aurait décidé de lancer et populariser la coutume. Le botaniste Paul-Victor Fournier poétise: « Le muguet est le sourire aux dents d’ivoire du jeune printemps ». Associée à la Fête des Travailleurs depuis 1919, la gracile silhouette continue à s’offrir le 1er mai. Le brin de muguet se compose en général de deux longues feuilles et d’une grappe de fleurs (entre dix et vingt clochettes) d’un seul côté, ce qui lui donne son air penché. Quand la fleur s’est fanée, elle laisse place à des baies rouges à la fin de l’été. Le nom latin, Lilium convallium, lys des vallées, se retrouve en anglais, Lily of the valley. Linné lui a donné au XVIIIe siècle son nom scientifique Convallaria majalis (convallaire de mai), l’associant à sa période de naissance.

C’est une tradition chez Guerlain, le muguet se célèbre chaque année et pour rendre hommage à la fleur porte-bonheur, c’est une édition d’exception qui chaque année à la même époque est proposée !  

La petite histoire. Les parfumeurs ont réussi à percer son secret et à recomposer son odeur si caractéristique. Jacques Guerlain l’a cueillie en 1908 pour créer le premier Muguet de la Maison, un peu poudré avec une note iris. Jean-Paul Guerlain a signé sa version en 1998. Depuis 2016, c’est le Muguet de Thierry Wasser qui chaque année refleurit.

Le Millésime 2020 ? En tête pétille un zeste de bergamote et se dessinent des notes vertes, fraîches, très végétales. Éminemment floral, le coeur embaume la note muguet, identifiable et sublimée tandis que s’invitent des effluves de rose et de jasmin. Une merveille des sens !

Le flacon. Depuis 2006 existent ces flacons de prestige où le patrimoine Guerlain rencontre la création contemporaine et l’artisanat d’art. Pour ce Millésime 2020, Guerlain a choisi l’atelier de création Maison Massillon pour créer le décor autour de l’emblématique Flacon aux Abeilles. Fondée par deux soeurs, Alizée et Chloé, la jeune Maison Massillon s’est d’abord inspirée de la tradition des couronnes de mariées avant de s’ouvrir aux bijoux et autres accessoires raffinés. Tressés, des fils d‘or composent les montures qui se parent de formes organiques façonnées en porcelaine non cuite, avec une technique personnelle unique. Un romantisme revisité dans un style contemporain et intemporel… Pour magnifier la jolie histoire qui entoure ce muguet, les créatrices ont imaginé autour du Flacon aux Abeilles, un habillage floral sur mesure qui célèbre le retour du printemps. Semées autour d’un fil précieux plaqué or 24 carats, se découvrent d’exquises petites fleurs et étamines d’un blanc immaculé.

La délicate senteur de la bougie exhale ses effluves, écho subtil à la composition de Thierry Wasser

A offrir pour célébrer les beaux jours : l’édition d’une bougie parfumée Muguet, porte-bonheur. C’est une cire d’un joli vert tendre dans un écrin de porcelaine biscuit blanche, que l’on découvre, à l’image de l’immaculée parure.

Autour du muguet
L’interview de Thierry Wasser, maître parfumeur

Thierry Wasser, le nez de la Maison Guerlain nous livre les secrets du muguet, un soliflore de la Parfumerie, un porte-bonheur pour l’Occident et une composition emblématique de la Maison Guerlain qui se réinvente chaque année.

Le muguet est une fleur muette. En tant que Parfumeur, comment la recomposez-vous ?
Thierry Wasser : En préambule, je dirais d’abord qu’il faut rendre hommage à Jacques Guerlain qui a composé le premier Muguet de la Maison en 1908 ; ce parfum est devenu une création archétypale. Au début du siècle il a réussi à recomposer le Muguet grâce notamment à des composants de synthèse qui étaient venus enrichir la palette du Parfumeur à l’instar de l’hydroxycitronellal (*) qui à lui seul possède des réminiscences de muguet… Cette note «sent» déjà le muguet, elle possède cette fraîcheur, cette ingénuité qui associée à la rose évoque un passage muguet. Peuvent ensuite s’ajouter des notes aldéhydées en complément. Jacques Guerlain a imité la nature, en composant son soliflore il a utilisé ce qu’il avait dans sa palette. Il a mis sa patte avec des notes rosées, vertes, mais aussi un peu chaudes, indolées. Ce Muguet est ensuite devenu emblématique chez Guerlain. Pour composer un muguet, il faut retrouver son ingénuité ; il faut ajouter des notes rosées, jasminées et vertes. Depuis 2006, le muguet est célébré chez Guerlain lors d’un rendez-vous traditionnel autour du 1er mai. (*)L’hydroxycitronellal a été conçu par un laboratoire allemand et mis sur le marché en 1905.

Y-a-t-il des voies classiques pour recomposer l’odeur du muguet, des ingrédients clefs ?
T. W. : Sans hésiter l’hydroxycitronellal. Des Maisons de composition se sont penchées aussi sur la question et il existe d’autres variantes, on peut citer Lilyflore® chez Firmenich ou Lilybelle® chez Symrise.

Voyez-vous le muguet comme l’éclosion du printemps, voire son sacre ?
T. W. : Si l’on parle de sacre, je ne peux m’empêcher de sauter du coq à l’âne et de l’associer à Stravinsky. Mais le muguet n’a rien de si rythmé et de si violent que la musique du Sacre! Œuvre de rupture, Le Sacre du Printemps a été créé au théâtre des Champs-Élysées, c’était aussi une chorégraphie de Nijinski pour les Ballets russes de Diaghilev. Et si Coque d’Or fut un opéra russe sur une musique de Rimski-Korsakov, Coque d’or a été créé par Jacques Guerlain en hommage à son ami Diaghilev. La création de Stravinsky autour du sacre a été un véritable big-bang avant de devenir un classique; de même le muguet de Jacques Guerlain est devenu un archétype de la Parfumerie.

Chez Guerlain, y a eu différentes compositions de Muguet, autant de jalons dans l’histoire de la Maison. Tous très «Guerlain»… Comment les définiriez-vous ? Soliflore, monolithe ?
T. W. : Oui. Le Muguet porte ce nom, donc il se doit de sentir la fleur. Il s’agit d’une réalité photographique comme un travail Photoshop façon impressionniste. Le Muguet de Jean-Paul Guerlain aussi est dans une démarche photographique de composition.

Le Muguet de Jacques Guerlain avait une note iris, lui donnait-il un effet poudré ?
T. W. : Un côté poudré oui et non… Chaque Parfumeur a des matières fétiches. Jacques Guerlain a choisi rose, jasmin, iris, cela donne aussi un brin de Guerlinade à ce Muguet. En tant que Parfumeur on reprend souvent ce que l’on aime.

Le Muguet de Jean-Paul Guerlain avait une tête bergamote, une note lilas et un fond musc blanc et santal? Une version moderne ?
T. W. : Jean-Paul Guerlain a voulu exprimer cette célébration du muguet avec une écriture ou plutôt une encre nouvelle. Il a utilisé les ingrédients qui étaient alors à sa disposition en 1998.

Et comment qualifieriez-vous le vôtre, sur la voie des notes vertes ?
T. W. : Je me suis inspiré de la formule de Jacques Guerlain, le Muguet d’aujourd’hui est dans la filiation de celui de 1908. Le côté un peu plus vert est certes présent; j’ai souvent exagéré avec les notes vertes. J’ai conçu un Muguet un peu plus végétal, plus vert. Ces Muguets sont comme des photographies réalisées par trois générations de parfumeurs.

À quoi associez-vous le muguet, un porte-bonheur ?
T. W.: Oui un porte-bonheur, plus que la fête du travail ! En fait je pense par exemple à l’ail des ours qui a des feuilles qui ressemblent au muguet et il pousse dans des sous-bois, dans un environnement clair-obscur, moussu et où règne une certaine fraîcheur… Le muguet, lui, n’est pas innocent du tout, c’est un même personnage qui passe de la fleur au fruit rouge et c’est un véritable poison.

Le muguet qualifie aussi depuis le XVIe siècle un homme de belle prestance, que pensez-vous de ce terme un peu suranné aujourd’hui ?
T. W. : (Avec un sourire). J’ai eu une période où j’utilisais un terme assez similaire, le mirliflore avec son côté dandy. Je l’utilisais pour qualifier ceux que j’ai ensuite défini comme des hirsutes. Le nom muguet dans ce sens est amusant.

Historiquement le muguet est apprécié depuis des siècles et son parfum fut recomposé avant la synthèse. Qu’a apporté la chimie pour recréer l’odeur du muguet ?
T. W. : Historiquement il faudrait approfondir la question, mais la synthèse a permis de recréer magnifiquement l’odeur du muguet. Et c’est un des exercices que l’on nous propose dans les écoles de parfumeries: recomposer un Muguet. C’est une des grandes matières de la parfumerie, on peut citer, en dehors des Guerlain, le Lily of the Valley de Floris (1847), le Muguet des bois de Francois Coty (1941) et le Diorissimo (1956) d’Edmond Roudnitska pour Dior. La fleur figure aussi en soliflore dans nombre de marques de niche : Penhaligon, Annick Goutal, Louis Vuitton…

Le muguet est sans doute avec la rose une des odeurs de fleurs reconnues par tous, est-il apprécié à sa juste valeur ?
T. W. : Le muguet n’est en fleurs que quelques jours par an alors que les roses sont disponibles en permanence. C’est aussi une fleur prisée en Occident, mais dans d’autres pays ce serait la rose, le jasmin… Et si la fleur est d’apparence modeste, son odeur est très puissante.

Le muguet est dans toute sa gloire en soliflore, mais il est aussi présent dans nombre de compositions, vous l’utilisez souvent ?
T. W. : Personnellement j’utilise la note plutôt par bouts, par fragments, notamment pour son côté ingénu. Il vient donner un souffle aux compositions.

Le Muguet est désormais un rendez-vous temporel chaque 1er mai chez Guerlain, qu’éprouvez-vous à la découverte des nouveaux flacons ou œuvres qui viennent habiller votre composition chaque année ? Une façon de changer de robe ?
T. W. : Non, pas une nouvelle robe, plutôt simplement une nouvelle présentation qui donne à voir le parfum sous un jour différent. C’est toujours magnifique de découvrir les flacons imaginés en collaboration avec des artistes, des artisans !

©DR Guerlain

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Carine Bruet
Journaliste de presse grand public, rédactrice en chef du Guide de la Thalasso. Je suis une "épicurieuse", en quête de bons plans et d'infos positives pour me (vous) faciliter la vie ! Toujours à l'affût, un vrai radar ! Ah oui et puis... "Je crois en la couleur rose. Je crois que rire est la meilleure façon de brûler des calories. Je crois qu'il faut être forte quand tout semble aller mal. Je crois que les filles joyeuses sont les plus jolies. Je crois que demain est un autre jour, et je crois aux miracles". Merci à la belle Audrey Hepburn pour ces mots, ils sont devenus ma philosophie ! Et ça, c'est BienFaits pour moi !

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