Bien-être, Ma santé

Se passer d’écrans à table ? C’est possible, et c’est bon pour ma santé

Scroller sur son téléphone en mangeant. Répondre aux messages entre deux bouchées. À table, l’écran s’est imposé sans débat. Pourtant, manger sans écrans n’a rien d’un retour en arrière ni d’un luxe inaccessible. C’est un défi simple, quotidien, et profondément bénéfique — pour le corps autant que pour l’esprit ! Deux expertes nous disent pourquoi et nous donnent leurs astuces…

Nos expertes :
-Emmanuelle Chauvin, diététicienne-nutritionniste au sein du Valdys Resort de Saint Jean de Monts.
-Karine de Leusse, psychologue clinicienne, experte de l’impact psychique du numérique, coauteure du livre Sous Écran Total (Éditions du Net), fondatrice des sites fugitisme.fret cyberaddictologie.fr

Rien de problématique, en apparence, de manger en scrutant son écran ? Si ce dernier s’impose aussi facilement à table, ce n’est pas par hasard : chaque notification, image, contenu, maintient le cerveau en état de stimulation permanente. L’attention est captée ailleurs. « Vivre en “mode flux”, sans temporalité ni contraintes : nous sommes en permanence dans cette double vie du réel ET du numérique, alerte la psychologue Karine de Leusse, spécialiste des dépendances aux écrans. Nos besoins numériques (se connecter pour ne rien manquer, ne pas s’ennuyer ou prétendument gagner du temps en étant multitâche) finissent par primer sur nos besoins humains, comme prendre le temps de manger — un glissement d’ailleurs lourd de sens, puisque jusque dans notre vocabulaire nous parlons de “cordons d’alimentation”…». Or un repas, comme tout moment structurant de la journée, a une fonction bien précise. Il commence, se déroule, puis se termine. « Un horaire est un contour symbolique : on entre, on sort, on revient. Le repas crée une respiration dans le temps humain. Replacer l’écran dans un cadre — qui n’est PAS la table — permet de réancrer la vie dans le réel, c’est fondamental ! »

Les conséquences sont aussi, physiologiques. « Quand l’attention est absorbée par un écran, le cerveau privilégie les informations visuelles et cognitives au détriment des signaux corporels », avise la nutritionniste Emmanuelle Chauvin. La perception de la faim et de la satiété devient floue. On mange plus vite, moins consciemment. Les stimuli visuels et auditifs que l’on reçoit favorisent la surconsommation — souvent au détriment de la qualité nutritionnelle (trop de gras, salé, sucré) — et influencent nos choix alimentaires. Résultat : on termine le repas sans en avoir fait réellement l’expérience. »

• CE QUI SE PASSE QUAND JE MANGE DISTRAITEMENT

« La digestion commence dans la bouche, pas dans l’estomac, rappelle l’experte. Une salivation réduite et une mastication insuffisante augmentent le travail gastrique et favorisent ballonnements, lourdeurs et reflux. Bien mastiquer permet de modulerla sécrétion d’hormones de la faim, du rassasiement et de la satiété (entre autres, leptine, ghréline, glucakon-like peptide-1 (GLP-1), cholécystokinine (CCK), etc.). L’attention conditionne la satiété ! Distrait, le cerveau enregistre moins bien les quantités ingérées ». Prise de poids, grignotage, fringales, carences…, le combo nourriture + écrans — rituel réconfortant— crée un réflexe émotionnel nous poussant à manger par habitude, et non plus par faim. « Les écrans maintiennent le stress digestif car ils activent le système nerveux sympathique, incompatible avec une digestion optimale. Pour digérer, le corps doit se sentir en sécurité. Stress / stimulation permanente (écrans) = digestion freinée. Calme / présence = digestion facilitée. Cet état de calme améliore l’assimilation des nutriments ; vitamines, minéraux, acides aminés sont mieux absorbés lorsque le corps est détendu, au repos ». Manger sans écran n’est donc pas “un vide” : c’est un signal de sécurité pour notre système nerveux !

• AGIR ET S’Y METTRE (VRAIMENT)

On avance étape par étape : 1 repas par jour sans écran, pour en ressentir les effets.

AVANT LE REPAS

Décider à l’avance : le choix se fait avant de s’asseoir. Une fois l’écran allumé, c’est trop tard. Poser le téléphone hors de portée (sac, tiroir, autre pièce). Le voir active l’envie de le consulter. Couper les notifications, pour éviter de l’entendre bipper. Respirer 30 secondes avant de manger : le corps bascule déjà dans un état favorable à la digestion.

PENDANT
– dans l’assiette
Mâcher et mastiquer lentement chaque bouchée : c’est la base d’une bonne digestion et d’une satiété rapide. Poser parfois ses couverts car ralentir mécaniquement aide le cerveau à suivre. Observer les signaux : faim réelle, envie, plaisir gustatif, arrivée de la satiété. Il faut se reconnecter à ses sensations alimentaires (saveurs, odeurs, textures, température…) car quand on y prête attention, le corps régule naturellement les quantités. « Compter 20 minutes MINIMUM (hors préparation) pour le repas. Pas le temps ? Ne mangez pas, faites plutôt 2 à 3 collations dans la journée », préconise Emmanuelle Chauvin. Une posture droite à table facilite la digestion.

– mentalement
Accepter cette pause : l’inconfort des premières minutes est normal, et disparaît vite. Faites-en un moment agréable, en conscience et apaisé, même si l’on est seul(e). Une belle assiette, un fond musical, ou, au grand air… vous verrez la différence. Manger comme 1 seule tâche : le cerveau n’est pas fait pour digérer et analyser en même temps. Si l’envie de regarder l’écran monte, noter-la mentalement sans y répondre (elle retombe souvent en moins d’une minute).

APRÈS
Attendre 10 minutes avant de reprendre ton téléphone : cela aide le cerveau à enregistrer la fin du repas. L’idéal ? Se mettre en mouvement, s’aérer (devant la fenêtre), marcher un peu… Apprécier son état : moins de lourdeurs, plus de clarté mentale… il ne s’agit pas de contrôler, mais de s’écouter.

Oui, j’ai vraiment essayé !

En seulement quelques jours, j’ai ressenti de vrais effets : digestion plus facile et moins de grignotages et une relation au repas plus détendue. En me déconnectant 35 minutes pour le déjeuner, j’apprécie à nouveau ce temps du repas, je le prépare avec envie (j’anticipe mieux à l’avance mes achats) et j’ai régulé mes quantités, sans restriction. Si je craque ? Je recommence au repas suivant, sans culpabilité. Se passer d’écrans est un choix conscient, un acte immédiatement efficace, presque subversif (oui, je PEUX le faire) : le moyen pour reprendre contact avec soi, une bouchée à la fois ! 

L’ÉCLAIRAGE PSY POUR DÉBRANCHER !
• Définir des horaires d’ouverture et de fermeture des écrans, comme pour une activité.
• Anticiper des rituels sans écran — réveil, repas, avant le coucher, lors des trajets.
• Commencer la journée sans écran, la terminer sans flux.
• Instaurer 30 minutes de “réel” systématiquement avant chaque usage numérique (après le travail, une activité intense) : avec ce réflexe, le cerveau comprend qu’il existe d’autres façons de se détendre, et de ralentir : cela change profondément le rapport au quotidien !
— Karine de Leusse.

POURQUOI MON ESPRIT RÉSISTE ?
“Sans écran, je m’ennuie” → Normal au début. Puis, l’ennui disparaît car l’attention revient au corps.
“Je n’ai pas le temps” → Manger plus lentement ne prend pas plus de temps et surtout évite de grignoter après.
“J’en ai besoin pour me détendre” → L’écran détend l’esprit, pas le système digestif.

La bonne idée ?
Au travail, proposez aux collègues une pause déjeuner sans téléphone. Le fait d’assumer ce choix et de l’expliquer crée souvent une dynamique collective : vous verrez, beaucoup sont prêts à lâcher l’écran pour de vraies pauses, à condition que quelqu’un lance le mouvement

ET VOUS ?
72 % des moins de 35 ans (77 % des 18-24 ans) dînent devant une série ou Instagram. 1 Français sur 4 mange les yeux sur les réseaux sociaux lors du repas (25 %), au même niveau que la télévision ou les plateformes de streaming. 48 % des Français estiment que la télé a grignoté le rituel du dîner, au fil des années… (source : Étude Opinion Way/ HelloFresh, déc 2025). 

visuels ©Hellofresh
Article publié dans le magazine Vital Food n)46, printemps-été 2026. ©Carine Bruet

Rédactrice en chef, journaliste de presse grand public, rédactrice de contenus : je suis une "épicurieuse", en quête de bons plans et d'infos positives pour me (vous) faciliter la vie ! Toujours à l'affût, un vrai radar. Ah oui, et puis... " Je crois en la couleur rose. Je crois que rire est la meilleure façon de brûler des calories. Je crois qu'il faut être forte quand tout semble aller mal. Je crois que les filles joyeuses sont les plus jolies. Je crois que demain est un autre jour, et je crois aux miracles ". Merci à la belle Audrey Hepburn pour ces jolis mots, devenus ma philosophie ! Et ça..., c'est BienFait pour moi !

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